jeudi 28 février 1985

28/02/1985

28.2.1985 :
Va mieux, plus cohérent. On lui redonne ses habits (22 ans après, je me rappelle encore du bonheur ce jour là !), se sent beaucoup plus équilibré au niveau des horaires, il dit mieux se repérer dans le temps, dans l'espace, regard toujours fixe, persistance de réponses à côté, de barrages de la pensée (ça vient aussi de tes médicaments, Hélène!). Il est très pris en charge par l'équipe qui lui fait faire des dictées, des opérations de calcul mental, des puzzles, (j’avais l’impression d’être redevenu un tout petit enfant) l’infirmier qui s'occupe personnellement de lui, constate une nette amélioration dans la rapidité, dans la concentration et dans la cohérence. Par contre parle de sa mère, il dit ne pas l'avoir vue depuis un mois et pourtant l'équipe me signale qu'elle vient le voir très régulièrement.
Au niveau du bilan biologique, lorsqu'il était entré, présentait une hépatite virale de type A. On constate une diminution progressive des transaminases puisque les résultats du 7.1.1985 étaient les suivants :
- SGOT 111, 99 ; SGPT 393,55 ; gamma GT 61,82
Et les résultats du 21.1.1985 sont les suivants :
- SGOT : 58,35 ; SGPT : 236,10 ; gamma GT 63,80. (Erreur, Madame Aussedat, j’avais en fait une hépatite C, je la soignerais définitivement en 2003 avec un traitement de cheval)
On redemande ce jour un bilan de contrôle.

Son traitement actuel est le suivant :
- PIPORTIL M2: 3 CC + PONALIDE une ampoule une fois tous les 14 jours.
- PROMOTIL : 3 comprimés par jour
- HALDOL : 60 gouttes
- LEPTTCUR : 3 par jour
- HEPTAMYL : 150 gouttes.

H. AUSSEDAT

lundi 4 février 1985

04/02/1985 Première Hospitalisation (suite)

Un mois que je suis à l’unité 2 de l’hôpital psychiatrique du Nivolet à Chambéry. Je n’ai qu’un vague souvenir de confusion et de délires de cette période.


04.02.1985
Plus calme, est toujours très dissocié. Demande ce qu'il y a au programme de la société. Celle où il n'y a que des femmes, sa grand-mère, sa mère, ses sœurs .. Il montre sa cigarette en disant que c'est sa petite sœur qui fume et qu'il ne voudrait pas qu'elle finisse comme lui. On laisse le traitement inchangé.


H. AUSSEDAT

vendredi 1 février 1985

01/02/1985

Entretien avec la mère :
Elle semble très angoissée, discours haché, demande des nouvelles de son fils, se renseigne sur son comportement dans le service. Elle nous explique que pour elle les troubles remontent à Noël avec d'abord des bizarreries dans son appartement, il avait tapissé le mur de sa chambre avec des sacs de poubelle en plastique noir. Il n'ouvrait plus ses fenêtres et avait mis un petit spot dans sa cuisine. Se regardait dans la glace assez longtemps avec des bizarreries. Elle a retrouvé de la cocaïne dans la chambre de son fils (en fait c’était du bicarbonate que j’avais eu gamin avec Chimie 2000, elle est même allés jusqu’à faire analyser le produit dans un labo). Elle dit qu'avant tout allait très bien, que peut-être elle l'a trop gâté, elle a un fils et deux filles, peut- être elle l'a plus gâté que ses filles, elle ne sait pas.
Puis elle sort une petite liste de choses qu'elle a à nous demander, pour ses piqûres, pour le labo photo, est-ce qu'éventuellement il pourrait faire du sport, comment ça va se passer pour son travail ultérieurement.

H. AUSSEDAT



Entretien avec le patient :

Semble complètement retranché du monde, dira trois mots : "Je suis dans la lune, non pas sur la lune mais juste à côté ".

Il regardera fixement les images affichées dans le bureau d'un air illuminé. Semble triste. (J'étais "souriant" et plein de projets 2 mois avant.)


H. AUSSEDAT