mardi 3 mars 1987

Une nouvelle vie

30.10.1985   
Commence dès ce jour à Lyon un stage d'informatique pour une durée de 5 mois,  il sera logé là-bas dans un foyer logement.  En cas de problème,  il a de la famille, un cousin germain qui accepte de le prendre en charge chez lui. Il a été contacté pour ce stage, suite à un test passé il y a un an, stage programmé par une boîte américaine.
Il reviendrait une fois par semaine à Chambéry.
Je lui fais un renouvellement d'ordonnance pour un mois avec un passage de PIPORTIL L4 de un CC à ½ CC tous les 28  jours.
Prochain RV le 16 novembre dans la matinée.
                                H.Aussedat

(Je ne reverrai jamais le Dr Hélène Aussedat. Je commence, il est vrai, un stage d’analyste programmeur en informatique à Villeurbanne prés de Lyon dans un centre de formation qui s’appelle Control Data. Les cours sont difficiles, surtout pour moi qui sors de cette longue maladie qui m’a fait perdre beaucoup de mes facultés. Nous devons assimiler des langages de programmation compliqués comme le Cobol ou le Pascal en très peu de temps. Je n'y comprends rien.
Je couche dans une SONACOTRA en banlieue, un endroit minable et déprimant à une heure de métro et de bus. Ma chambre fait moins de 4 mètres carrés (à peine la place pour un lit, une armoire, une toute petite table, une chaise et un lavabo qui fuit. Les douches sont à l’étages, pas chauffées et dégueulasses (je ne me lave que le weekend chez mes parents). Je dois me faire à manger dans une cuisine commune qui pue, elle aussi. Il y a avec moi quelques autres stagiaires et des travailleurs immigrés qui ne parlent pas français. Je suis mal. Au lieu de travailler mes cours, je dors jusqu’à midi. Je n’ai qu’une petite radio comme ami. Le vendredi soir, je rentre en Savoie et je n’ose pas parler de mes problèmes à mes parents de peur de les décevoir … A bout de 2 mois, ma moyenne est insuffisante et la directrice me fout dehors.
Je rentre en Savoie (chez mes parents) avec un sentiment de lassitude mais aussi de soulagement.

Je traîne à nouveau à l’ANPE. On m’y propose un TUC (Travail d’Utilité Collective) au lycée Paul Héroult à St Jean de Maurienne. Je suis sensé aider les élèves et créer un programme de gestion des fournitures (en LSA, une sorte de Basic français !!!). Je gagne 2500 francs par mois. J’habite chez mes parents et je suis encore très fatigué. Je me rappelle encore de mes siestes devant Dallas avec Bambou, notre petite caniche, qui dort sur mes jambes.

Après quelques mois, je renoue avec des copains de la ville, nous faisons beaucoup la fête et je commence à me droguer. Nous allons souvent en Italie à Turin où la dope est moins chère et facile à trouver.

Bizarrement, la prise de toxiques me redonne goût à la vie.

Mon contrat de TUC fini, je trouve des missions en intérim assez bien payées pour quelqu'un qui comme moi n'a qu'un bac C et un demi diplome d'art plastique.
Je me dégote gratuitement un immense atelier où je reprends sérieusement la peinture et où nous faisons, avec les copains, de belles fêtes. C'est un peu ma garçonnière aussi.J’ai même quelques petites commandes de peinture. Tout était noir et triste. Tout redevient beau et cool. Comme je n’ai plus de suivi médical et donc plus de traitement, je maigris. J’ai le vent en poupe. Profitant de mon aura d’artiste et de mon look de rocker rebelle, je fais un maximum de conquêtes féminines à St Jean et dans les stations de ski alentours. Je travaille alors à Atochem comme ouvrier de fabrication de produits chimiques (un boulot vraiment tranquille et posté.qui me laisse pas mal de temps pour peindre et me défoncer). Je suis heureux et de mieux en mieux dans ma peau (l’héroïne y étant, bien sûr, aussi pour quelque chose).


Je réussis finalement à intégrer un stage d’électronique à l’AFPA de Pont de Claix prés de  Grenoble début 1987).